Nous sommes partis à la rencontre de Martine Meyrieux, céramiste, dans son atelier/Galerie de Jarnioux. Une belle rencontre avec une passionnée qui aime transmettre son savoir-faire au travers de ses ateliers de création de céramiques pour aider adultes et enfants à exprimer leur créativité.
Rhône Tourisme Hervé Rocle
Qu’est-ce qui vous a amené à la céramique ?
« Mon premier parcours de transmission a commencé à Villefranche, il y a une quarantaine d’années, au centre social de Béligny ou j’ai travaillé dans les sous-sols des immeubles avec des enfants. Je pratiquais la terre depuis 3-4 ans et ai beaucoup appris en apprenant aux autres. Au fil du temps, j’ai fait des formations avec des amis céramistes, notamment avec Daniel Culis, qui était mon maître potier. Il a aidé mon parcours en autodidacte, ce qui m’a permis de privilégier ma vie auprès de mes 3 enfants. »
Le parcours de vie de Martine Meyrieux l’a conduit à collaborer avec « La plume au miroir”, une association caladoise de l’époque qui intervenait auprès de gens en situation de handicap avec des initiations au dessin, au spectacle de marionnettes et au travail de la terre. Sa passion d’enseigner, de transmettre, combinée avec sa sensibilité vers les personnes en situation de handicap ne l’ont jamais quittée et l’ont naturellement conduit à travailler avec l’AGIVR ou elle intervient au foyer de Brianne.
Il y a bientôt 10 ans que Martine Meyrieux a installé son atelier à Jarnioux, elle y propose des cours et des stages pour adultes et pour enfants et expose son travail et celui de ses élèves tout au long de l’année, complété par deux ou trois expositions temporaires dédiées à des artistes rencontrés au hasard de la vie. « En ce moment, j’expose un photographe que j’ai invité. C’est aussi un lieu qui vit beaucoup avec le village car il peut accueillir environ 80 personnes pour des spectacles, pour des rencontres et des échanges avec les associations qui leur permet de mutualiser leurs compétences. »
Pouvez-vous nous parler des cours et des stages de céramique ?
Hervé Rocle
« Je propose des ateliers pour enfants, en stages ou en ateliers hebdomadaires, mais la formule parent/enfant, avec un projet en duo pendant des vacances semble plaire car elle permet un partage d’expérience et du temps passé ensemble. Je propose aussi des week-ends ou des stages de 5 jours pour adultes, non pas sous forme de cours mais plutôt d’expériences guidées qui permettent à chacun d’imaginer un projet et d’avancer à tâtons pour le réaliser. »
Au départ les stagiaires font un modelage, ils fabriquent l’objet de leur choix : des pièces céramiques, des poterie, des ustensiles utilitaires, des plats, des assiettes, pour ensuite les décorer, ensuite on laisse sécher l’objet puis on le cuit une première fois à 1020°. On peut ensuite le laisser brut ou choisir de l’émailler avec une deuxième cuisson à 980° pour la faïence, ou à 1240° pour un grès ou une porcelaine. Il faut environ 8h00 de cuisson.
En général, adultes ou enfants s’inscrivent à l’année, ou à minima au trimestre, car il est nécessaire à chacun de prendre le temps de découvrir les techniques, de maîtriser les bases du savoir-faire et d’apprécier l’évolution de ses qualités artistiques. Il y a aussi des personnes qui ne font que des stages car il leur est difficile de se libérer chaque semaine.
» Je reçois également des groupes scolaires, comme l’école de Jarnioux qui est venue en voisin, les enfants étaient ravis de voir fonctionner l’atelier et de réaliser les étapes de fabrication d’un objet. J’ai aussi reçu une classe de cinquième du collège de Châtillon d’Azergues qui avait préparé des croquis avec sa prof d’art plastique pour réaliser un bas-relief avec des personnages, une mise en scène, sur un thème Modigliani, Matisse et Niki de Saint-Phalle. Ils sont venus à mon atelier et je les ai guidés pour réaliser leur travail en terre. «
Martine Meyrieux utilise un four à gaz pour faire du Raku, abréviation du terme Raku-yaki qui signifie plaisir ou joie en japonais. Ce n’est pas une technique de cuisson mais une technique liée à la cérémonie du thé waki-cha et à ses bols. A l’origine, elle représente des bols réalisés à la main, très simples, dépouillés, cuis dans des fours à bois puis trempés dans l’eau alors qu’ils sont encore incandescents. Aujourd’hui le Raku désigne une technique de cuisson rapide à basse température, aux environs de 1000°C. En Europe, les céramistes utilisent principalement des fours à gaz.
L’atelier dispose également d’un four à bois pour travailler la terre polie. » Avoir plusieurs fours me permet de tester différentes techniques que je ne maîtrise pas complètement, de les découvrir et de les partager avec d’autres céramistes et de les intégrer dans mes cours et mes stages. «
Une artiste engagée dans la vie culturelle locale
Martine Meyrieux est également membre du groupement d’artistes et d’artisans d’art les Ateliers Révélés, qui organise un parcours-découverte dans plusieurs villages des pierres dorées lors d’une biennale, pour permettre aux visiteurs de découvrir leurs différents univers créatifs originaux tout en déambulant de village en village pour découvrir le patrimoine local du territoire des Pierres Dorées.
Martine Meyrieux organise également le marché de potiers de Jarnioux dans son atelier et dans le village, également en biennale, (le prochain aura lieu les 23 et 24 mai 2026, avec les élèves qui ont suivi ses cours.) Elle est également partenaire des balades musicales proposées par Cordes en Calade, un orchestre attaché au conservatoire de musique de Villefranche sur Saône, dont les musiciens sont pour la plupart des élèves du troisième cycle du Conservatoire ou des musiciens qui souhaitent poursuivre la musique.
Vous l’aurez compris, l’atelier de Martine Meyrieux est un lieu qui vit de différentes manières, le point de départ étant la terre avec des sujets connexes. « La richesse est dans la diversité et on apprend toujours avec les autres. »
Comment fabrique-t-on la porcelaine ?
Hervé Rocle
La porcelaine n’est pas issue d’une argile naturelle. Elle est principalement composée d’un mélange de quartz, de feldspath et de kaolin, additionnée d’argile à pipe qui augmente sa plasticité. Le quartz et le feldspath sont réduits en poudre. Le feldspath permet d’abaisser le point de vitrification de la porcelaine lors de la cuisson. Ces trois ingrédients sont mélangés à de l’eau de façon à obtenir une pâte plus ou moins liquide pour être moulée.
Les pièces moulées sont mises à sécher puis subissent une première cuisson en dessous de 1 000 °C. L’objet obtenu, le dégourdi de porcelaine, est fragile et poreux. Une porcelaine cuite sans émaillage à haute température, entre 1200°C et 1400 °C, est appelée biscuit de porcelaine.
Le dégourdi est recouvert d’un revêtement, émail ou vernis, une deuxième cuisson entre 1 260 °C et 1 300 °C transforme l’émail en film vitrifié. Des éléments de décoration peuvent ensuite être appliqués à la main ou sérigraphiés et définitivement fixés sur la pièce par une dernière cuisson.
L’histoire de la céramique et de la porcelaine
Si la conduite de la cuisson jusqu’à 1 200 °C environ et les poteries blanches vitrifiées utilisant des pâtes principalement composées de kaolin existent en Chine depuis le 3ème siècle au moins, à cette époque la très grande majorité des céramiques n’étaient en fait de simples poteries ou, au mieux, des grès, elle évoluera vers l’excellence jusqu’au 12ème siècle.
Ce n’est qu’en 1712 que les premiers échantillons de kaolin arrivèrent en France et il fallut attendre la découverte des gisements de Saint-Yrieix-la-Perche au sud de Limoges en 1768 pour reproduire la porcelaine dure qui fut standardisée par la Manufacture de Sèvres. Aujourd’hui majoritairement utilisée dans les arts de la table, la découverte de la porcelaine a été une réussite technique dans le domaine de la céramique qui permettra, au 17ème siècle de voir affluer, en Europe, des porcelaines « coquilles d’œuf » dont la minceur des parois mettait en valeur le caractère translucide. Depuis lors, les porcelaines de Sèvres et de Limoges, mondialement connues, font partie, avec les porcelaines allemandes, chinoises et polonaises, des porcelaines dures les plus fines et les plus réputées.
Les experts de la céramique chinoise ont mis au point une batterie de critères faisant intervenir la température de cuisson (1 260 à 1 300 °C), la proportion de kaolin (30 % à 60 %), le taux d’oxyde de fer (moins de 1,7 %), le taux de porosité (0,6 %), le taux d’absorption (0,3 %), l’aspect translucide (jusqu’à 5 à 8 mm), ou encore la résonance au choc.
Un des rares gisements naturels d’argile qui reste proche de nous est le gisement du Puisaye, une argile aux qualités bien particulières qui a permis le développement de l’artisanat potier et la renommée des Grès de la Puisaye, dont la poterie est traditionnellement tournée. Sauf les bleus de Puisaye qui sont moulés. La technique, du tournage, découlant des traditions médiévales, consiste à poser une motte d’argile sur un plateau en rotation puis à tourner la poterie pour ensuite réaliser le travail d’ansage avant de la sécher sur des planches.
Si le grès, naturellement étanche, n’exige pas d’émaillage, certaines pièces utilitaires, bols, soupières… sont habillées d’un émail, pour une raison d’esthétique, mais également pour raison pratique, car la surface lisse de l’émail facilite le nettoyage.















