Notre star du terroir de février 2026

Rares sont les grandes maisons viticoles françaises à disposer de leur propre tonnellerie. À Ampuis, au cœur de l’appellation Côte-Rôtie, le Domaine Guigal abrite la sienne. Sylvain, tonnelier « de père en fils » y façonne les précieux fûts de chêne de main de maître. Philippe Guigal nous en dévoile les coulisses.

Lorsque battent les coups de marteau, que Sylvain assène sur les cercles métalliques ceinturant les fûts, jaillissent d’infimes fragments de secrets de fabrication. Ceux liés à l’élaboration des crus prestigieux de la vallée du Rhône nord, tels que le Condrieu, le Côte-Rôtie… « Faire un grand fût est aussi difficile que de faire un grand vin », résume Philippe Guigal. L’éloquence de la formule loue la faculté extraordinaire de cette pièce de bois à magnifier les arômes des grands millésimes.

Une tonnellerie en hommage à un terroir de vignes historique

Créer sa tonnellerie était pour Marcel Guigal « un peu comme un rêve ». Il l’exhaussera en 2003, explique son fils Philippe.  Elle trouvera une place dans l’enceinte du Château d’Ampuis, propriété familiale classée Monument historique.

Pour lui, le choix du lieu est un « clin d’œil » chargé de sens. Fabriquer des tonneaux, entre des murs érigés aux XVème et XVIIème siècles, c’est offrir un cadre patrimonial digne d’un savoir-faire ancestral inventé par les Gaulois.

Le symbole est encore plus fort, lorsque l’on sait que la viticulture en terrasse sur les coteaux abrupts d’Ampuis, remonte à l’Antiquité gallo-romaine. La région est également le berceau de la syrah, cépage emblématique du Côte-Rôtie.

Philippe Guigal fait également référence à une posture de la maison, à savoir la capacité d’y exercer « tous les métiers de la vigne et du vin ». Toutefois l’exigence rencontre des limites, conclut-il car « on arrive à un phénomène très clair », ne s’improvise pas tonnelier qui veut.

Dès son ouverture la tonnellerie a été confiée à Sylvain, jeune artisan spécialiste du sujet. Lorsqu’il évoque ses débuts ici, il témoigne avec ferveur de « la chance inouïe » qu’il a eue, d’avoir été « propulsé à 20 ans à ce poste de très grande responsabilité ».

Des écrins de chêne nés de la virtuosité de gestes artisanaux

Sylvain est originaire de Cognac. Il a hérité de son expertise de par une lignée familiale, dans laquelle l’art de la tonnellerie est initié par son arrière-grand-père.

Malgré la rudesse du métier, il œuvre « à l’ancienne », fidèle aux traditions.  5000 coups de marteau accompagnent le montage des cinq fûts qu’il monte quotidiennement. L’installation d’une presse destinée à la finition du cerclage vient tout même soulager l’effort.

Dans l’atelier, il débute devant nous l’assemblage d’une pièce. Le geste est sûr et admirable. Tout commence par l’étape au nom poétique de « mise en rose ». Avec dextérité il réunit côte à côte une quarantaine de douelles, pièces de bois verticales formant les parois.

Tenues par le seul cercle de fer placé sur le haut de la structure, au pied, elles s’écartent vers l’extérieur, semblant mettre en jeu l’équilibre fragile d’un tel assemblage.

Dehors, des flammes s’échappent de chaufferettes intégrées au sol tels de petits volcans. Sylvain dispose son fût au-dessus de l’une d’elles. Le bois va alors être « chauffé à cœur », puis arrosé d’eau avec parcimonie, dans le but d’être assoupli.

Par moment, de petites braises s’en échappent, crépitant en filant dans les airs. Le craquement du bois se fait aussi entendre quand un cabestan cintre une autre pièce devenue malléable.

Imperturbable, le tonnelier travaille sur plusieurs pièces en même temps. Là, il rajoute et cogne sur des ceintures de fer, tout en s’affairant au bousinage.

Cette dernière étape primordiale se fait au flair et à l’œil. La technique consiste à toaster à la flamme l’intérieur des barriques pour révéler les arômes du bois. Elle emplit l’atmosphère de parfums gourmands, mélange de vanilline, de noisettes et amandes grillées.

Dans une cave attenante, les tonneaux achevés attendent la prochaine vendange. Ils seront alors offerts aux grands vins de la propriété pour que naissent, de l’alchimie des arôme natifs du chêne et du raisin, les précieux nectars.

La conception de ce type de fûts, dépend forcement des bois exceptionnels.  Ils proviennent du nord-est de l’Allier, où notre regard se tourne désormais, en direction des plus belles futaies de chênes de France.

Rhône Tourisme – JLF
Rhône Tourisme – JLF
Stéphane Chalaye Photographie pour E.GUIGAL
Stéphane Chalaye Photographie pour E.GUIGAL
Stéphane Chalaye Photographie pour E.GUIGAL

Tronçais, la forêt aux bois précieux

Au XVIIème siècle, Louis XIV s’en remet à Colbert pour constituer des stocks de bois destinés à la marine. Le ministre honore la commande du Roi-Soleil. Il réaménage la forêt de chênes de Tronçais, devenue aujourd’hui la plus vaste chênaie d’Europe.

L’entretien de ce patrimoine remarquable dépend de l’Office National des Forêts. Grâce à une gestion raisonnée, le prélèvement d’arbres est autorisé. Les plus nobles d’entre-eux sont réservés à la filière de la tonnellerie.

En France, la variété de Chêne rouvre, ou chêne sessile, sert principalement au façonnage des contenant destinés à l’élevage et au vieillissement du vin. La finesse du grain, ou texture du bois, très compacte confère l’étanchéité nécessaire à un élevage élégant.

La tradition veut d’ailleurs que les merrains, bois destinés à devenir des douelles, soient notamment vendus dans le cadre particulier de ventes aux enchères à la bougie. L’acquéreur sera celui dont l’offre sera émise au moment où la chandelle s’éteindra.

La tonnellerie du Château d’Ampuis incarne l’art et la manière dont les nouvelles générations s’emparent, avec soin, de traditions vigneronnes.  Elle confère également aux productions de la maison, le gage d’une vinification maîtrisée à chaque étape et entièrement effectuée sur place. Une philosophie teintée de passion qui inspire la création de grands vins, autant qu’elle participe à cultiver l’identité d’une région indissociable de ses origines viticoles.

Communauté de Communes du Pays de Tronçais
Communauté de Communes du Pays de Tronçais
Communauté de Communes du Pays de Tronçais

Partir à la découverte du patrimoine vigneron et viticole de la Vallée du Rhône Nord

Le musée du Caveau du Château

Un espace qui plonge le visiteur dans l’histoire des vignobles et des vignerons de la Vallée du Rhône depuis l’Antiquité. Créé avec le soutien du Musée de Saint-Romain-en-Gal, il accueille une grande sélection d’objets historiques liés à la vigne et au vin, issue de la collection de la Famille Guigal.

Destination Vignobles et Découvertes Vallée du Rhône Nord 

Sept appellations prestigieuses cultivées d’une berge à l’autre du fleuve Rhône : Côte-Rôtie, Condrieu, Château-Grillet, Saint-Joseph, Crozes-Hermitage, Hermitage et Cornas. Partez à la rencontre des femmes et des hommes qui vous feront découvrir leur terroir d’exception.

Musée et sites archéologiques de Saint-Romain-en-Gal 

Des collections à la programmation culturelle, le musée invite notamment le visiteur à une immersion dans l’art de vivre viennois antique. De magnifiques mosaïques, telle que celle de Lycurgue et des terres cuites illustrent l’intense activité viticole d’alors.